Dans une économie du XXIe siècle, lorsque l'on souhaite instaurer ou augmenter des droits de douane, comment calcule-t-on le niveau idéal de ces droits ? Existe-t-il des méthodes de calcul ou vaut-il mieux procéder par essais et erreurs ?
Bonjour Philippe
C'est bien sûr une question d'actualité :-)
D'un point de vue purement économique, des droits de douane faibles sont généralement la meilleure solution. Au-delà de l'aspect purement économique, il peut toutefois exister des raisons de s'en écarter. La sécurité nationale ou la protection de la production nationale peuvent constituer des raisons politiques. Toutefois, ces raisons peuvent aussi n'être qu'un prétexte avancé par des groupes de pression.
Manque de données empiriques
D'un point de vue empirique, il est difficile de répondre à ta question, car ces dernières années, les droits de douane ont surtout été réduits. Nous ne pouvons nous approcher d’une réponse que de manière théorique ou à l’aide de simulations. Dans certaines circonstances, il peut être judicieux pour de grands espaces économiques tels que les États-Unis ou l’Union européenne de prélever des droits de douane. Si une zone économique est elle-même capable de produire de nombreux biens et qu’une certaine concurrence est possible sur le marché intérieur, les droits de douane ont tendance à être moins néfastes. Dans certaines circonstances, ils peuvent même avoir des effets positifs. Toutefois, cela ne vaut que s’ils ne sont pas contrés par des droits de douane de rétorsion.
On peut notamment se référer à cet article de Costinot et Rodriguez-Clare (2014). Ne vous laissez pas décourager par les nombreuses équations, le langage abstrait, etc. À la page 230, on trouve un tableau qui présente les effets positifs pour les États-Unis (mais uniquement en l’absence de droits de douane de rétorsion). De nombreuses recherches sont actuellement menées dans ce domaine. Toutefois, on ne sait pas encore clairement quels résultats s’avéreront solides.
Droits de douane protecteurs
Dans certaines circonstances, il peut être judicieux de « protéger » une industrie par des droits de douane pendant un certain temps. Cela fait aujourd’hui l’objet de discussions, notamment dans le contexte de la fabrication de semi-conducteurs ou d’autres « technologies d’avenir ». Les droits de douane protecteurs peuvent parfois fonctionner, comme cela a été le cas par le passé en Corée du Sud ou à Taïwan. Cependant, il existe également de nombreux exemples historiques de droits de douane qui n’ont pas fonctionné, ou seulement partiellement, pour protéger les industries nationales.
Je pense donc qu’il n’est pas possible de calculer un taux de droit de douane optimal. Cela dépend du pays et de la situation précise.
J’espère que c’est assez clair ? Sinon, n’hésite pas à me le faire savoir.
Cordialement
Guido
Bibliographie :
Costinot, Arnaud et Rodríguez-Clare, Andrés. 2014. « Trade Theory with Numbers: Quantifying the Consequences of Globalization ». Handbook of International Economics, volume 4. en ligne