À quoi pourrait ressembler la politique en matière de drogues de demain ?

Il faut une volonté politique en faveur d'une coopération internationale à long terme contre les marchés illégaux.

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Cher chercheur, chère chercheuse,

depuis les années 90, la politique publique en matière de drogues repose sur le modèle des quatre piliers : prévention, traitement, réduction des risques et répression. Ce qui constituait une avancée majeure à l’époque du Platzspitz n’est plus d’actualité aujourd’hui. Les trois premiers piliers de la politique en matière de drogues restent incontestés : le travail de prévention est essentiel et les personnes souffrant d’addiction ont toujours besoin de soutien et de traitement. La répression et les poursuites pénales font toutefois plus de mal que de bien. Elles entretiennent un marché noir et, par là même, des structures illégales qui sapent de manière dévastatrice les trois autres piliers ainsi que la santé des consommateurs. De plus, une chose est claire aujourd’hui : pour de nombreuses personnes, la consommation de substances illégales fait depuis longtemps partie intégrante de leur vie, sans pour autant qu’elles aient développé de problèmes de dépendance.

Comment doit donc être conçue une politique en matière de drogues pour l’avenir qui soit équitable pour tous ?

Chère Stefanie Pfändler

Je vous remercie sincèrement de m'avoir interpellée sur ce sujet important.

Je tiens tout d’abord à souligner que mes réflexions s’appuient sur mon expertise des XIXe et XXe siècles et que je n’ai que peu étudié le modèle des quatre piliers d’un point de vue scientifique. J’apprécie particulièrement que vous me fassiez part de vos expériences pratiques et que vous m’aidiez à comprendre où se situent les atouts et les limites de ce modèle. Je considère néanmoins que ce modèle constitue actuellement la meilleure structure disponible pour traiter la dépendance en tant que défi social et sanitaire.

Mesures nationales contre le trafic transnational de stupéfiants

Je partage pleinement votre critique à l’égard du quatrième pilier – la répression : souvent, les mesures répressives ne détruisent pas les structures illégales, mais se contentent de les déplacer. L’une des causes de ce phénomène réside dans l’orientation essentiellement nationale des poursuites pénales. Certes, des coopérations internationales existent (par exemple via Interpol), mais elles ne suffisent pas. En effet, elles s’avèrent souvent peu efficaces dans la lutte contre le trafic transnational et illégal de stupéfiants, qui laisse également des traces chez nous.

Trafic de drogue et autres marchés illégaux

En Afghanistan, en Syrie et en Amérique centrale, il existe un trafic de drogue illégal florissant, étroitement lié à la traite des êtres humains, à la contrebande d’armes et à des structures de pouvoir déstabilisantes. Ces phénomènes sont souvent l’héritage du passé colonial. Il faut une volonté politique internationale pour promouvoir des rapports de force équitables à l’échelle mondiale, ainsi que la démocratie et les droits de l’homme. C’est la seule façon de mettre en place des institutions étatiques solides, capables d’empêcher l’essor des marchés illégaux.

Compréhension de la dépendance

Parallèlement, nous devons approfondir la compréhension sociale de la dépendance – par le biais de la sensibilisation et de débats publics. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne classe plus aujourd’hui la dépendance aux substances comme addiction, mais comme disorder – et la subdivise en de nombreuses sous-catégories. Cette catégorisation peut s’avérer utile sur le plan clinique, mais elle décompose le phénomène en éléments isolés sans l’expliquer de manière globale. Et elle ne répond guère à la question de savoir pourquoi certaines personnes développent un comportement de dépendance – et d’autres non.

Coopération internationale

La politique actuelle se concentre principalement sur des solutions individuelles : l’aide aux personnes concernées et la prévention (toutes deux indispensables !) bénéficient d’une attention plus grande que la lutte contre les réseaux mondiaux de trafic de drogue. Il faut cependant également une coopération internationale à long terme contre les marchés illégaux afin de s’attaquer aux causes de l’abus de drogues et de promouvoir une consommation saine et contrôlée de drogues.

Si vous avez d’autres questions ou si vous souhaitez recevoir des références bibliographiques de ma part, n’hésitez pas à m’écrire à tout moment. Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.

Cordialement

Elife Biçer