D'où vient la haine envers l'islam ?

En ce qui concerne l'aspect historique de la question, je tiens à préciser que ce sont les hommes qui agissent et causent des souffrances, et non les religions en tant que telles…

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Pourquoi la haine envers les religions dans ce pays vise-t-elle principalement l'islam ? D'un point de vue historique, c'est le christianisme qui a causé le plus de souffrances aux hommes.

Il existe différentes formes de haine envers les religions. Il est difficile de dire si cette haine vise davantage l'islam que d'autres religions, comme le judaïsme par exemple. C'est pourquoi je voudrais expliquer pourquoi nous observons en Suisse une haine envers l'islam.

En ce qui concerne l’aspect historique de la question, je tiens à préciser que ce sont les individus qui agissent et causent de la souffrance, et non les religions en elles-mêmes : ce sont des personnes qui prétendent parler ou agir au nom d’une religion.

Pour comprendre la haine envers autrui, nous devons nous pencher sur la question de l’identité. Pour nous, êtres humains, il est important de nous identifier à différents groupes : cela fait partie de ce que nous sommes. Nous pouvons nous identifier positivement à un groupe ou à une caractéristique (ce que nous sommes), mais aussi négativement par opposition à d’autres groupes (ce que nous ne sommes pas).

L’essentialisation.

Pour le cerveau humain, l’identification négative est particulièrement efficace. C’est pourquoi on retrouve l’identification négative dans de nombreux domaines, non seulement en religion, mais aussi en politique (« contre les nazis », « contre le communisme ») ou chez les supporters sportifs.

Il s’agit de présenter un groupe de personnes comme « différentes » ou « étrangères ». Ces personnes sont donc décrites comme si, en raison de leur religion, elles étaient d’une certaine manière . Cela signifie qu’une caractéristique leur est attribuée en raison de leur appartenance à un groupe. C’est ce qu’on appelle l’essentialisation.

Homogénéisation

Deuxièmement, tous les « autres » sont présentés comme identiques. Chez « nous », par exemple, nous faisons la distinction entre chrétiens pratiquants et non pratiquants. Chez « eux », nous ne voyons pas ces différences. C’est ce qu’on appelle l’homogénéisation.

Dichotomisation

Troisièmement, la différence est mise en avant : « nous » contre « eux ». Il s’agit d’une dichotomisation (il n’y a que deux groupes : « nous » et « eux »). Ici, « différent » signifie toujours « de moindre valeur » : bizarre, arriéré, incivilisé, etc.

Le rôle des images

Dans ce processus, les images sont mélangées, par exemple des reportages médiatiques sur des terroristes islamistes (loin de la Suisse), des stéréotypes historiques, un sentiment de ne pas comprendre l’inconnu, une statistique sur le nombre de personnes issues de pays à majorité musulmane résidant en Suisse, ou encore des images d’immigrés sans qualifications. De telles images peuvent renforcer les préjugés. Certaines personnes mélangent délibérément ces images, notamment les partis politiques, les médias à sensation et les personnes qui aiment provoquer : ce mélange d’images facilite l’identification (contre les autres) et forge des loyautés.

La cohabitation entre chrétiens et musulmans comporte également des conflits qui ont été menés au nom de la religion ou interprétés dans ce sens. Il peut s’agir d’événements historiques, comme la soi-disant «reconquête» de la péninsule ibérique en 1492. Mais il s’agit aussi de craintes actuelles – par exemple, celle d’être évincé du marché du travail ou l’inquiétude concernant les valeurs selon lesquelles nous voulons vivre. De telles craintes et incertitudes peuvent conduire à l’exclusion, à la discrimination et à la haine.

La manière dont « nous » et « eux » sont représentés revêt une importance capitale. On observe régulièrement de telles simplifications et distinctions (des deux côtés). Je tiens à souligner que la haine envers l’islam est loin d’être partagée par l’ensemble de la population suisse. Beaucoup s’engagent en faveur du respect mutuel ou apprécient la diversité religieuse.